Parmi les rares joueurs alsaciens évoluant au plus
haut niveau français, Thomas Haegeli présente sans doute le parcours le
plus original. Alors qu’on ne lui avait guère laissé d’espoirs, il est
parti de très bas pour arriver au sommet cette année.
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Le parcours atypique de Thomas Haegeli prendra fin
au mois de juin.
Cet automne, il ouvrira son cabinet de kiné, chez lui, à
Hilsenheim. Photo Dominique Gutekunst
Pratiquer le handball à un bon niveau n’a pas suffi à Thomas
Haegeli pour s’ouvrir les portes de l’élite. Originaire de Hilsenheim, à
une dizaine de kilomètres de Sélestat, ce garçon de 25 ans qui s’est
rapidement retrouvé avec une balle en cuir entre les mains - il a
accompagné très jeune son arbitre de père Marius sur tous les terrains
de handball de la région-, a connu une trajectoire qui n’a rien d’une
ligne droite. Mais qui l’a finalement conduit jusqu’au plus haut niveau
national puisqu’il évolue désormais en Ligue Nationale sous le maillot
de Saint-Cyr-sur-Loire. C’est avec le club tourangeau qu’il a vécu
l’accession en Division 1, après avoir roulé sa bosse du côté de Sedan
puis de Metz au sortir du centre de formation de Sélestat.
Un
parcours paradoxal pour ce joueur qui a su combiner le plaisir de jouer
avec le choix de privilégier les études. N’étant pas assuré de pouvoir
tracer sa route dans le handball professionnel, d’après les dires de son
entraîneur de l’époque à Sélestat, Thomas a donc mis la priorité sur
ses études de kinésithérapeute qu’il a effectuées en Belgique, près
d’Arlon. « J’avais 17 ans et François Berthier m’a clairement fait
comprendre qu’il ne fallait pas que je me fasse trop d’idées, se
souvient l’intéressé. Tout au plus je pouvais être le 16 e ou 17 e homme d’un groupe pro. »
« Une petite rancœur depuis mon départ de Sélestat »
Le
virus du handball n’étant pas soluble dans les études, il déniche une
place de pivot en Nationale 3 à Sedan. Pour évoluer en D2, il augmente
même les kilométrages entre la Belgique et son nouveau port d’attaque,
le SMEC Metz, qui connaît deux descentes successives. Le diplôme de kiné
en poche, il se met sur le marché et se voit proposer par son ancien
coach, François Berthier, une place à Saint-Cyr alors grand favori pour
la montée en Division 1. « Plus qu’une surprise, j’ai accueilli cette
proposition comme un moyen de prendre ma revanche. Car j’avais gardé une
petite rancœur depuis mon départ de Sélestat. Et puis, j’avais là la
possibilité de toucher à un rêve : passer pro. »
La saison se
passe comme il l’attendait : avec la montée en LNH au bout, la
possibilité de découvrir la D1 et de jouer face aux meilleures équipes
françaises. Son premier match cette saison restera pour toujours l’un de
ses souvenirs les plus marquants. « C’était aussi particulièrement
stressant puisque jusqu’à quinze minutes du début du match face à
Nantes, je n’étais pas sûr de pouvoir jouer. On était 15 joueurs pour
14 postes. Finalement, j’ai été retenu et j’ai même marqué mes deux
premiers buts en LNH. »
Des débuts particulièrement réussis
puisque l’Alsacien inscrira 14 buts lors des trois premières journées.
Il brille surtout dans l’exercice des penaltys : sur ses 46 buts
inscrits lors des treize matches du cycle aller, 35 l’ont été depuis la
ligne des sept mètres. « Je me suis piqué au jeu, confesse-t-il. Ça
peut aider à faire basculer un match, comme face à Nîmes où mes deux
penaltys nous ont permis de remporter une victoire importante. De toute
façon, je prends ce que l’on me donne et je croque dedans. »
« Je ne ferme pas totalement la porte au handball de haut niveau »
Pas
comme un mort de faim mais plutôt comme quelqu’un qui tient à profiter
le plus possible de ces moments exceptionnels. Car le rêve s’arrêtera en
principe à la fin de la saison. Non pas parce que Saint-Cyr redescendra
à l’étage inférieur, le maintien étant plutôt bien engagé. Mais plutôt
parce que le kiné-handballeur a déjà prévu d’ouvrir un cabinet avec sa
compagne dès cet automne à Hilsenheim.
Un retour au pays en
quelque sorte pour celui qui n’y était pas prophète. « Tout est bouclé
même si je ne ferme pas totalement la porte au handball de haut niveau.
Sélestat a déjà resigné ses jeunes pivots et je suis assez réaliste pour
savoir qu’on ne me confiera pas le rôle de pivot numéro un dans un club
de D1. Il y aura peut-être des opportunités en Allemagne. On verra
bien. »
Christian Weibel
Source L'Alsace